"Ouais, c'est l'histoire d'un robot tout au bout de la Galaxie", dit le jeune homme en fixant le mur. Devant lui, deux médecins se consultent du regard. L'un d'eux répète sa question: "Est-ce bien vous qui avez volé un mixer dans un supermarché de la ville voisine?" Le jeune homme continue de regarder le mur et dit "Il voulait me tuer car Zolthar le lui a ordonné. Vous devez me protéger."

Les deux hommes sortent de la pièce. Sur une table se trouve le mixer dont il est question. Le docteur Mizel le regarde et lui lance "Les mains en l'air!" Rires. Le docteur Brasus reprend le dossier du jeune homme: orphelin surgit de nulle part à l'âge de quelques mois, il a été d'abord élevé dans un orphelinat catholique avant d'intégrer une famille d'accueil plutôt bourgeoise. Son père adoptif est mort quelques années plus tard, brulé dans sa chaudière, de même que le fils naturel du père, mort noyé dans une piscine pour enfants. Sa mère est internée dans un établissement psycho-social depuis le jour où le jeune homme avait essayé de la vendre à une foire au bétail. Depuis sa majorité, le jeune homme habitait un appartement appartenant aux services sociaux. Au début au deuxième étage il avait été transféré au rez-de-chaussée suite à sa tentative d'envol "comme superman" (trois mois d'hôpital, une hanche en résine).

La boulangère de son quartier avait été la première à interpeler les autorités sur le jeune homme, qui la menaçait régulièrement avec de drôles de fleurs vertes et jaunes, prétendant qu'il s'agissait de poison pouvant contaminer toutes la baguettes de l'échoppe. Plus tard, un certain Zolthar Brigvinieff s'était plaint du jeune homme, qui le menaçait de "venir le projeter dans une cage bionique d'un univers parallèle" pour "le punir de la rébellion du peuple de Boudeuf 4". Premier séjour en institut psychiatrique, c'était il y a un an.

Trompettiste hors pair, il avait ensuite fait une tournée sur tout le continent avec l'orchestre de chambre de la radio du poste. Mais en plein milieu d'un concert, il avait hurlé "Vous autre gonoriens, ne comprenez rien à la musique de chambre que vous écoutez d'ailleurs dans de grandes salles!". Puis il avait mimé un suicide avec sa trompette. Trois jours plus tard, de retour à l'institut qui le traitait, il avait expliqué avoir reçu le matin même un message de l'autre bout de la galaxie; message qui lui demandait de mettre hors d'état de nuire tous les robots. Il s'avéra que c'était une publicité radiophonique pour un supermarché.

Et là, hier, 3 mois après, il avait été à ce supermarché. Il avait d'abord massacré la machine distribuant de la monnaie pour les caddies au cri de "Mort aux soldats du mal!". Quelques clients avaient cru à une animation pour les enfants et s'étaient approchés. Le jeune homme en avait profité pour voler le jouet de l'un des enfants, l'écrasant du pied en hurlant "Va t'en Zolthar, toi et tous les alliés de la coalition du bambou intersidéral!".

Puis il avait été renversé une pile de robots-ménager avant de prendre la fuite avec le modèle de démonstration d'un mixer / presse-agrumes. La police l'avait arrêté à la sortie de la ville et il était venu à l'hôpital à cause de plaies consécutives à ses frasques.

Enfermé dans son mutisme, il ne voulait sortir que pour retourner à l'autre bout de la galaxie, régler leur histoire à d'autres robots. Le docteur Mizel regarda alors son confrère: "Il est fou ou il fait le fou?"