Une balle dans le pied

C’est de notoriété publique: les humains font souvent de grosses conneries. Parfois, bien sûr, il le font exprès (guerres, etc) ou en se doutant bien des conséquences funestes possibles (pétroliers échoués, etc). Mais parfois, l’homme n’est pas même assez malin pour se rendre compte de la maxi-boulette qu’il est en train de faire.

L’exemple souvent répété, c’est les algues dans la méditerranée: sortie on ne sait comment du musée océanographique de Monaco, la caulerpa taxifolia a commencé à coloniser la mer. L’explication la plus probable (et la plus souvent avancée) fait état d’un aquarium du musée malencontreusement vidé dans la méditerranée. Si c’est vrai, l’abruti absolu qui a fait ça mériterai la postérité, ne serait-ce que pour qu’on le maudisse.

Kudzu hibou

Dans la même veine, la vigne japonaise kudzu (pueraria lobata) est une plante sympatoche: de jolies fleurs, une action anti-érosion et en plus ça fait office d’engrais, tant les racines participent à l’enrichissement des sols. Aussi, au siècle dernier, un américain plus malin que les autres commence à cultiver le kudzu. Aujourd’hui, la plante a acquis le surnom peu enviable de cancer végétal; elle provoque la mort des plantes locales et peut croître de plus de 300 mètres par an. 800’000 hectares de forêt sont directement menacés. Seule bonne nouvelle: la plante aurait un effet anti-stress et anti-dépresseur. Les responsables locaux de la flore doivent en manger à chaque repas!

Aral l’bol

Le lac d’Aral[1] se trouve au Moyen-Orient, entre le Kazakstan et l’Uzbekistan (et donc dans l’ex-URSS). Là, pendant des siècles, les hommes ont profité de l’eau du lac pour l’irrigation des larges plaines de la région, pour cultiver quelques produits sur ce sol particulièrement avare. Au début du 19e siècle, les russes puis les soviétiques développent le concept pour amener toujours plus d’eau dans toujours plus de champs[2]. Et, tels les shadocks, les soviets pompaient l’eau du lac. À cette époque, même si on voit quelques effets de bord, le type qui aurait conseillé de tout stopper aurait été puni du goulag: l’eau du lac est bonne pour les champs et les champs sont bons pour les hommes.

Dans les années 1960, Krouchtchev lance un programme dit de mise en valeur des terres nouvelles. On va donc pomper plus, bien plus, l’eau de ce pauvre lac; on va même y construire des canaux pour accélérer le mouvement. Mais faire des canaux a un premier effet indésirable: il multiplie l’eau qui s’en va par évaporation, car il y a plus de surface d’eau. Et puis ces canaux, se mettent rapidement à perdre de l’eau par infiltration, car les sols de la région sont de bien plus mauvaise qualité qu’escompté. Et on va faire des barrages pour prendre l’eau du lac avant qu’elle n’arrive dans le lac, parce qu’on est des ingénieurs à qui on ne la fait pas! Du coup, on va noyer de grandes surfaces de terres cultivables…

Conséquence inexorable: le niveau du lac descend. La surface du lac se réduit comme peau de chagrin: en seulement 40 ans le lac perd plus de la moitié de sa surface et un tiers de sa profondeur, alors que tout avait été gardé en équilibre pendant des siècles. À tel point qu’on ne se demande plus, au début du 21e siècle, si le lac va être complètement asséché, mais plutôt quand il ne va plus rester le moindre litre d’eau. Et qui dit abaissement du niveau et de la surface du lac dit aussi déplacement des ports. Les villes portuaires du milieu des années 50 sont maintenant à plus de 150 kilomètres de la rive! Enfin, ne pensez pas qu’on puisse se mettre à cultiver les terres nouvellement émergées: elles sont gorgées de sel laissé par l’eau du lac. Enfin, pas tout le sel: une bonne partie est retirée par les vents: plus de 60 millions de tonnes de sel sont ainsi exportées chaque année, sans que personne ne paie les droits de douane. Pas besoin d’insister non plus sur le fait que les pays qui reçoivent ce sel[3] n’en sont pas très contents: salinisation des nappes phréatiques, attaques sur le faune, la flore et la santé des populations. Une dernière pour la route: les pêcheurs du lac sont de moins en moins à rapporter toujours moins de poisson. Notons enfin qu’un problème assez semblable se pose pour la mer morte, entre Israël et la Jordanie, toujours avec l’humain à la source des maux.

Le coup des lapins

Parfois aussi, l’homme essaie de rattraper le coup. Et là aussi, y’a des cours martiales et des pelotons d’exécution qui se perdent. Prenez les lapins australiens: avant que l’homme blanc n’y débarque, il n’y a avait pas un seul lapin sur l’australie. Des kangourous, des koalas mais fi de lapins. Dans la deuxième moitié du 19e siècle, les anglais apportent de leur cher pays douze couples de lapins. Pour les chasser, manifestement. C’est trop dur de tirer les animaux locaux, et puis ils sont si moches: même loin de chez lui, le chasseur anglais préfère tirer ses petits copains aux dents longues.

Mais les lapins, ça fait vite des petits, ça ronge les cages et ça tient pas en place: quelques couples reprendront la liberté et s’installeront dans la nature australienne. Évidemment, on se dit « oh, ben des lapins dans la nature, y’en a ici aussi, ça peut pas faire de mal« . Gasp. Souvenez-vous du cycle de chaîne alimentaire: là-bas aucun animal ne chassait le lapins (à part quelques lords avant l’heure du thé), si bien qu’au bout de quelques années, ces lapins avaient colonisé les deux tiers du pays, à plus de 100km par an! Et ça bouffe ces trucs-là: voilà-t-y pas qu’il ont mangé ce qui était, avant, destiné à d’autres animaux. Donc d’autres espèces ont commencé à disparaître du fait de la raréfaction de la nourriture. Et toutes cette herbe qui a disparu sous les dents des lapins a favorisé la désertification du pays (je vous passe les effets domino suivants).

Quand il a finalement vu ce qu’il avait fait, l’homme a dit « bon, ben on va faire venir des renards chasseurs de lapins de chez nous« , dans l’espoir de limiter la casse (À mon avis, c’est toujours un chasseur qui a décidé de l’animal à faire venir). C’est vrai qu’à première vue, on se dit que c’est une bonne idée. Mais les renards, pas mieux que les lapins, ne font ce qu’on leur demande: ils ont vite remarqué que les animaux locaux étaient bien plus facile à attraper (vu qu’ils n’avaient pas connaissance de la menace que constituait un renard, également nouveau venu sur l’île). Et ceux qui devaient limiter l’avancée des lapins ont accéléré la disparition des espèces indigènes. On a ensuite commencé à construire une barrière géante pour les stopper[4], mais les lapins devaient avoir la clé car ça ne les a freiné en rien.

Au début du 20e siècle, les hommes ont importé une maladie[5], la myxomatose, pour se débarrasser des lapins. On s’en doute, le résultat ne fût pas à la hauteur: la myxomatose continua d’achever les marsupiaux locaux. Aujourd’hui on essaie toutes sortes de produits chimiques disséminés à large échelle pour gagner cette guerre, pour le plus grand malheur de la flore et des humains. Les lapins, eux, supportent de mieux en mieux ces produits de plus en plus forts. Je me demande pourquoi un de ces brillants humains n’a pas -tant qu’on y est- proposé la bombe atomique.

Enfin, parait maintenant que le même problème se pose avec les dromadaires dont la population double tous les huit ans. Si seulement ils pouvaient manger des lapins!

Notes

[1] Ou mer si vous préférez, mais c’est bien un lac salé

[2] Champs de coton dont dont les soviets prévoient alors qu’il sera l’or du siècle nouveau

[3] Jusqu’en Afghanistan et en Lituanie!

[4] Connues maintenant comme étant la dog fence pour stopper les dingos, voir son histoire

[5] Notez le crescendo

A propos lolz

3 Commentaires

  1. gilhoo · 14 janvier 2005

    Ya d’autres exemple avec des insectes introduits pour venir tuer les ravageurs de certaines plantes mais une fois les ravageurs tués bein qui c qui va manger les insectes introduits ??? Merci de ce survol de mon cours d’écologie…

  2. nixx · 10 janvier 2005

    Dans le même genre, quelques jours après le tsunami, Weight Watcher nous gratifie d’une pub bien sentie : "j’évite les pays tropicaux, c’est beaucoup trop humide".

  3. greut · 10 janvier 2005

    Rien de tel pour bien commencer l’année. Même si mes espoirs en l’“Humanité” sont et resteront faibles, ça confirme un état des choses que l’on préfère garder loin de ses états-d’âme (comme la politique toutes régions confondues).

    Ça aide à relativer ses états-d’âme par la même. J’ai plus de chance que 99.999% de la planète.

    Bon j’arrête, car c’est un truc à se viser la tête plutôt que le gros orteil (même si celui-ci est nettement plus douloureux)