Mainstream

J’ai lu récemment[1] un ouvrage sympa, Mainstream, de Frédéric Martel[2]. Il y fait un état de la des cultures dominantes dans le monde; qui écoute quelle musique, qui va voir quels films, etc.

En fin de lecture, une question me vint : et moi? Et moi, suis-je Mainstream? Non pas dans ma consommation[3], mais dans ma production.

Aujourd’hui, j’écris une chronique hebdomadaire pour les radios locales. Je ne sais pas au niveau de l’audience de la radio[4], mais autour de moi c’est mitigé. La page Facebook de ma chronique a moins de fans que ce que j’y ai d’amis; c’est dire!

Il y a des années, j’ai lancé un site web à l’humour glacé et sophistiqué : fricheule.net. Armé d’un concept prometteur : la chronique d’un village de tarés menés à la baguette par un maire autoritaire, autocrate et dispendieux. Et pourtant, l’insuccès fut au rendez-vous! Personne, sauf quelques proches dont la moitié sont les gens qui m’ont aidé à le faire, n’a jamais entendu parler de ce site. Si je peux revendiquer un lecteur à l’étranger, que je ne connaissais pas avant, force est de constater que le produit n’intéresse pas. Ou ne se vend pas tout seul. Tant pis! C’est tout de même un endroit où je peux inventer n’importe quoi, déblatérer tranquillement, loin de toutes influences autres que celles dues à mon pauvre cerveau malade.

Il y a encore plus d’années, alors que j’étais permanent dans un lieu culturel, j’y ai organisé quelques-uns des plus beaux fours du lieu. Alors que mes compères, pros de la musique, bergers des foules et remarquables tacticiens, faisaient venir des artistes attirant plus de gens que la salle ne pouvait en contenir; moi je produisais des heures où il y avait plus de monde pour servir au bar que de membre du public dans la salle[5] Tant pis! J’ai pris beaucoup de plaisir aux soirées qu’ils organisaient; ma place était ailleurs. Et j’ai payé de ma personne, allant jusqu’à mettre en jeu ma propre console de jeu, dans un concours débile après avoir été lâché par mon sponsor.

Encore plus loin dans le temps, j’ai fait partie de ces groupes musicaux nés de la frustration de devenir ado et de ne pas avoir de petite copine. J’ai cessé de jouer de la guitare le jour où j’ai vu qu’en quelques jours mon frère jouait mieux que moi qui m’échinais sur ce foutu instrument depuis des mois. Je ne suis même pas allé jusqu’à faire un concert avec mes maigres accords arrachés à la nuit! Pourtant, je me voyais déjà, je tenais un concept pur et limpide: la rage de la sincérité et de l’inventivité pour palier au talent. Incompris, je restais. Plus tard, j’ai secondé, aux claviers[6], un pote qui jouait dans quelques bars dans des samedis qui me coutaient plus que ce qu’ils ne me rapportaient. Mes ajouts audacieux de samples débiles aux moment les plus inopportuns ne fera rire que moi. Match nul, sans le match.

Il y a deux façons d’analyser tout ça :

  1. Je fais dans la culture élitiste. La finesse de mon humour n’a d’égal que celle de l’annuaire de mon public. Il faut que j’élargisse ce petit public d’initiés.
  2. Je suis un gros nul et seuls quelques autres gros nuls se complaisent à apprécier mon travail. Je ferais mieux d’arrêter.

Bigre. Évidemment, la seconde solution est fausse, tout comme ma modestie! Reste que la première est un ramassis de vieilles excuses bidon régulièrement produites par tous ceux qui ratent leur public. Alors?

Alors rien. Avec un peu de bol, on redécouvrira mes oeuvres d’ici un ou deux siècles, je serai lu à l’université et on donnera mon nom à un lycée professionnel de seconde zone.

Bigre.

Notes

[1] Grâce à un collègue qui me le prêta. Joies du livre en vrai papier, on peut le prêter facilement. Nos petits-enfants ne voudront même pas y croire…

[2] ISBN : 978-2-0812-3617-2

[3] Cela fera éventuellement partie d’un article à venir!

[4] J’hésite à me renseigner, haha!

[5] D’autres, fort heureusement pour mon égo, ont aussi réussi ce triple lutz.

[6] Sampler et ordinateur.

A propos lolz

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